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pour les concerts scolaires

REGARDS SUR LA MUSIQUE
Dossier pédagogique pour le concert scolaire
« La leçon de violon »
Auteurs
Jean-Paul Berlier, professeur d’Education musicale à l’Ecole Normale Mixte de Pirae
Anne-Noëlle Pulliat, professeur d’Education musicale au collège d’Arue 

Novembre 2008, Direction de l’Enseignement Primaire
Ministère de l’Education et de l’Enseignement Supérieur de Polynésie française

CHAPITRE 1 – LE VIOLON
I - Historique
A - Origines
Le violon est apparu en Italie, dans la première moitié du XVe siècle, vraisemblablement avant 1530.
Les plus anciens violons encore conservés aujourd’hui ont été fabriqués vers 1550 par Andréa Amati, le premier représentant d’une grande famille de luthiers*1.
Mais le violon n’a pas été créé de toutes pièces un beau matin de 1523. Il est le fruit d’une
longue recherche remontant aux premiers instruments à cordes. A partir du rebab* primitif, on développa progressivement différents instruments de la famille du rebec, qui présentait entre 3 et 6 cordes.
Aucun instrument fabriqué à cette époque ne subsiste aujourd’hui : seuls les textes anciens et l’iconographie médiévale, sculptée ou peinte, nous renseignent sur son existence et sa forme. 
La vièle à archet des trouvères et des troubadours au Moyen Age et à la Renaissance donna bientôt naissance à la
viole, instrument de 5 à 7 cordes. Le violon fait donc partie de la famille des violes, viola da braccio, ou viola da gamba, dont il descend. Les violes de bras et les violes de gambe cohabitèrent avec les violons, altos et autres violoncelles pendant près de deux siècles avant de disparaître, au début du XVIIIe siècle.

B - Comparaison de la viole et du violon
Les violes possédaient les caractéristiques suivantes :
o une caisse de résonance plus épaisse que celle du violon,
o le dos de la caisse, plat (celui du violon est bombé),
o des épaules tombantes,
o des ouïes généralement en forme de C,
o un manche plus large que celui du violon,
o une touche portant des frettes sur le dessus du manche (petites barrettes servant, comme sur la guitare, à
indiquer où placer les doigts pour jouer les différentes notes),
o 6 ou 7 cordes (au lieu de 4),
o un chevalet plus plat, ce qui facilitait le jeu d’un accord complet (comme sur une guitare),
o une tête souvent sculptée, et un corps décoré.
La vièle Le violon
La sonorité de la vièle est plus douce que celle du violon. Ses cordes sont frottées par un archet plus large que celui du violon moderne : on le tient la paume vers l’extérieur.
Certains contrebassistes allemands ou italiens continuent à tenir leur archet comme celui d’une viole.
 
C - Répertoire
A la différence de la viole de gambe, considérée comme un instrument noble, pour lequel les compositeurs écrivaient de savantes constructions polyphoniques, le violon est au départ utilisé comme un instrument populaire seulement bon à faire danser. C’est cette pratique et cette conception très anciennes que perpétuent aujourd’hui les violoneux
traditionnels.
Cependant, on s’est vite aperçu de la richesse de sonorité unique qu’apportent les bandes constituées de violons de
toutes dimensions, avec plusieurs instruments jouant la même partie. Ces premiers ensembles à cordes, qui pouvaient compter plus d’une vingtaine d’exécutants, et qui sont les ancêtres de nos orchestres modernes, voient en effet le jour dans les cours de France et d’Angleterre dès le milieu du XVIe siècle.
Le violon ne fera une discrète apparition dans la musique de chambre qu’au début du XVIIe siècle. A partir de là, il connaîtra rapidement une vogue et un répertoire qui mettront en valeur ses qualités expressives et ses possibilités virtuoses.
(illustration sonore n° 03 : orchestre à cordes et clavecin)

I - La structure du violon classique

A - La caisse
Le coffre ou caisse de résonance est composé de :
o La table d’harmonie, généralement en bois d’épicéa, de 3 mm
d’épaisseur, percée de deux ouïes en forme de f
o Le fond en bois d’érable,
o Les éclisses, flancs de la caisse, qui permettent le passage des
vibrations de la table.
o L’âme, petit cylindre en bois d’épicéa de 6 mm de diamètre, non
collé, qui est placée dans la caisse, entre la table d’harmonie et le
dos pour transmettre les vibrations du dessus au fond. Sa place a
une grande importance pour la sonorité de l’instrument.
B - Le manche
Il comporte plusieurs parties :
o Le manche proprement dit, en bois d’érable, finement taillé d’une seule pièce. Il est terminé par la crosse ou volute. Aux XVIe et XVIIe siècles, une tête sculptée venait souvent orner ce manche
o La touche en bois d’ébène, longue plaque collée sur le manche, où le musicien pose les doigts de la main gauche.
Cette touche est dite « lisse » car contrairement à celle de la guitare, elle ne comporte pas de frettes. Si cela permet au violoniste de réaliser beaucoup plus facilement certains effets comme le vibrato ou le glissando, en revanche, cela rend l’exécution des notes parfaitement justes beaucoup plus difficile…

C - Le montage
Il comprend différents éléments :
o Les chevilles d’ébène, de buis ou de palissandre, autour desquelles s’enroulent les cordes pour l’accord.
o Le chevalet d’érable sur lequel s’appuient les cordes au centre de la table.
o Le cordier, triangle d’ébène fixé à la caisse. Il maintient les cordes tendues du coté de la caisse.
o Les quatre cordes, (Sol, Ré, La, Mi) fixées et tendues par les quatre chevilles. Les cordes sont en métal, ou en métal filé. La corde Mi, ou chanterelle (la plus aiguë), est simplement composée d’un fil d’argent.
Les quatre cordes attachées au cordier et positionnées sur le chevalet
o L’archet mesure 75 cm depuis le XIXe siècle. La baguette, à la courbure légèrement concave, est pourvue de
crins de cheval ; avant d’utiliser l’archet, les crins sont frottés de colophane en résine obtenue à partir de l’essence de térébenthine, ce qui permet à la mèche d’adhérer à la corde et de la faire vibrer. Le talon de l’archet La pointe de l’archet
Les principales modifications du violon sont intervenues entre 1730 et 1830. Pour s’adapter à des salles plus grandes, et à des solistes virtuoses plus exigeants, on demanda à l’instrument une sonorité plus forte et plus brillante. La tension des cordes fut donc augmentée, entraînant le basculement du manche vers l’arrière.
La plupart des violons ont été modifiés dès la fin du XVIIIe siècle, et tout au long du XIXe siècle, afin de convenir à ces nouvelles exigences.
Instrument incontournable pour les compositeurs, ceux du XXe siècle ont, comme leurs prédécesseurs écrit des oeuvres pour cet instrument soit en recherchant de nouvelles sonorités ou de nouveaux effets sonores (Penderecki ou Xénakis) soit en adaptant leur écriture novatrice à une forme classique (Glass)

III - Techniques de jeu
Les musiciens qui jouent de la musique classique posent le violon sur la clavicule gauche. Mais d’autres violonistes
dans la musique traditionnelle (violoneux, fiddlers) le posent contre le buste.
Avec son bras droit, le violoniste déplace l’archet en le frottant contre les cordes. Il appuie avec la force voulue et, en tirant ou en poussant, lui donne plus ou moins de vitesse, ce qui modifie l’intensité et la dynamique du son produit.
Plus l’archet est déplacé rapidement, plus le son est fort.
Le mouvement qui conduit du talon à la pointe de l’archet est désigné par le terme « tiré » et le mouvement contraire, de la pointe au talon, par le terme « poussé ».
Lorsqu’une corde est frottée « à vide », (sans que le violoniste ne se serve de sa main gauche), elle vibre sur toute sa longueur, entre le sillet et le chevalet. Mais lorsque la main gauche appuie sur une corde, elle la bloque contre la touche du manche et le violoniste modifie ainsi la longueur vibrante de cette corde (qui ne vibre plus qu’entre le doigt
et le chevalet) et change, de ce fait, la hauteur de la note jouée.
La main gauche du violoniste lui permet donc de jouer les différentes hauteurs mais réalise aussi un léger mouvement oscillatoire, le vibrato, qui anime le son par une modification très faible de la hauteur de la note. Il constitue un moyen d’expression typique au violon.
De très nombreuses techniques existent sur le violon pour obtenir une large palette sonore et tirer toutes les possibilités de l'instrument.
Le lié : Le jeu habituel est appelé legato. Le violoniste frotte les cordes avec l'archet et ne différencie pas chaque note : le jeu est très fluide. On ne distingue pas à l'oreille de différence entre « poussé » et « tiré ».
Le martelé : l’archet est bloqué plus ou moins longtemps entre les notes. Un silence est intercalé entre elles et si elles sont jouées fort on imagine un mouvement du violoniste comme s’il donnait des coups de marteau.
Le sautillé : utilisé généralement lorsque le rythme est rapide, il permet de faire rebondir l’archet sur les cordes pour donner une impression de vitesse et de légèreté.
Les doubles cordes : la forme du chevalet met volontairement les quatre cordes dans une configuration non plane (contrairement à la guitare). Cependant l'archet peut être placé sur deux cordes voisines, et l'on peut jouer simultanément deux parties différentes.
Le pizzicato : le violoniste joue le plus souvent en frottant les cordes de son instrument avec l’archet. Mais pour rechercher un timbre différent et obtenir des effets de cordes pincées il peut pincer les cordes avec l'index de la main droite.
Les harmoniques : parfois, on pose légèrement un doigt en un endroit précis de la corde, sans appuyer, de manière à
bloquer certaines vibrations et on entend alors surtout le premier harmonique, une octave plus haut que la note obtenue sur cette corde à vide. Ces notes ont des sonorités allégées et plus aériennes. Cette sonorité particulière permet d'étendre la couleur et la tessiture des instruments à corde.
Col legno : le violoniste retourne son archet et ce ne sont plus les crins qui sont en contact avec la corde, mais le bois de l'archet. Il s'agit donc de frapper la corde, pour obtenir un remarquable aspect percussif.

CHAPITRE 2–
VIÈLE, VIELLE ET VIOLON DANS LE MONDE
La vièle extra-européenne
Les vièles font partie de la famille des cordophones à archet qui s’est épanouie et étendue principalement dans les pays d’influence islamique, puis jusqu’en Indonésie et dans l’Extrême-Orient.
Pour illustrer parfaitement ce type d’instrument dans une musique extra-européenne, la vièle erhu (ou ehr-hu) dont l’origine serait tartare, est l’un des instruments les plus populaires de Chine. La coutume est de l’appeler le « violon chinois »
Le erhu a une caisse de résonance, en bois dur, de forme cylindrique évidée (sorte de tonnelet dont la hauteur est plus grande que le diamètre) ou hexagonale. La table d’harmonie est traditionnellement recouverte d’une peau de serpent ou de lézard. Le manche est formé d’une longue tige, souvent en bambou, qui traverse le corps de résonance et à son extrémité supérieure comporte une tête légèrement recourbée, avec deux chevilles.
Deux cordes, généralement en soie, partent de l’extrémité inférieure de la tige, sous le corps de résonance, passent sur un chevalet en os et aboutissent aux chevilles ; elles sont accordées à la quinte.
L’archet est en crin de cheval.
L’exécutant est assis et appuie l’instrument sur ses genoux; l’archet est passé entre les cordes (archet prisonnier) qui
sont frottées simultanément; les doigts de la main gauche touchent les deux cordes, mais n’exercent aucune pression, l’instrument étant dépourvu de touche.
La sonorité de ces vièles est assez grave (en dépit de la taille généralement réduite de l’instrument) avec des effets

La vielle à roue
La vielle à roue est une curiosité parmi tous les instruments à cordes frottées (pas seulement à cause de l’orthographe de son nom…)
Apparue en Europe occidentale vers le Xe siècle, elle est connue alors sous le nom de chifonie (déformation de symphonie, appellation due à son jeu polyphonique).
Vers le XVIe siècle elle est abandonnée aux jongleurs et mendiants qui en firent un instrument privilégié de la musique populaire. Aujourd’hui, elle subsiste dans plusieurs musiques régionales de France, d’Allemagne ou d’Europe centrale.

Si sa forme générale est proche de celle d’une guitare ou d’un violon, la particularité essentielle de la vielle est que ses cordes sont frottées par une roue que le musicien actionne et fait tourner grâce à une manivelle.
La seconde particularité est que ses cordes se répartissent en deux catégories :
- les deux cordes dites mélodiques dont la longueur vibrante est modifiée grâce à un petit clavier dont l’instrumentiste actionne les touches de la main droite
- les deux ou quatre cordes appelées bourdon (accordées à la quinte) qui jouent toujours les mêmes notes en accompagnement invariable de la mélodie.
On peut donc entendre deux lignes mélodiques, la mélodie principale dans l’aigu et un contre-chant plus grave le tout accompagné des notes tenues des bourdons.
L’instrument est tenu transversalement, souvent posé sur les genoux.
La position de jeu de la vielle : la main droite sur le clavier et la main gauche qui tourne la manivelle de la roue.

Le violon dans la musique traditionnelle
Le violon est très présent dans les musiques traditionnelles irlandaises, dans les musiques populaires hongroises,
juives ou tziganes, et dans la musique country en Amérique du nord.
a - Le violon dans la musique tzigane
Les musiciens tziganes, éloignés des académies, ont développé un style de jeu familial qui leur est propre, pour chacun
des instruments qu'ils utilisent, et qui conjugue bien souvent vitesse d'exécution et improvisations ponctuées de glissandos, trilles et d'appoggiatures. Certains très virtuoses, sont renommés pour leur façon extrêmement rapide de jouer et l’utilisation qu’ils font du registre aigu du violon. Souvent multi-instrumentistes et luthiers amateurs, les
musiciens tziganes sont aussi réputés pour leur vaste répertoire et leurs capacités d'improvisation.
En Europe de l'Ouest, leur virtuosité fut remarquée dans le jazz manouche dont un fameux représentant fut Django
Reinhardt 

b - Le violon dans la musique irlandaise
En Irlande, le violon est dénommé fiddle.
Malgré cette différence, l'instrument est rigoureusement le même : seuls varient les techniques et positions de jeu, ainsi que le répertoire. On peut de ce fait considérer que la tenue de l'instrument n'est assujettie à aucune autre règle que l'habitude du musicien : contre la poitrine, contre ou sur l'épaule, sous le menton ou dans certains cas contre la hanche.
Les ornementations sont pour la plupart communes à la majorité des instruments joués en Irlande. Ils usent en outre du 'droning' également utilisé en musique classique, où le musicien frotte simultanément deux cordes afin d'obtenir un bourdon sur la corde la plus grave tout en jouant la mélodie sur la corde la plus aiguë. En revanche, le vibrato si
répandu dans la technique des instruments à cordes frottées en musique classique est quasiment absent, sinon honni, en musique traditionnelle irlandaise.

L'archet est donc essentiel dans le jeu du musicien, à tel point que certains fiddlers considèrent qu'ils jouent de deux instruments : le violon et l'archet.
Il existe un très grand nombre de styles locaux très différents qui se distinguent essentiellement par le type de jeu d'archet (le 'bowing') et par la fréquence des différentes ornementations.
Le fiddle peut être employé en duo accompagné par une harpe, ou en grands ensembles.

c - Le violon dans la musique country
La country a cherché son inspiration aux travers des modèles de musique apportés par les premiers colons européens.
Les premiers colons britanniques venus en Amérique ont apporté une tradition de transmission orale en même temps que les chansons qu'ils avaient apprises en Europe.
A l'origine le violon était leur instrument de prédilection puisqu'il était facile et peu coûteux à fabriquer et de surcroît léger à transporter. Unique instrument à la naissance de la country music le violon fut au fil du temps accompagné par d'autres instruments : le banjo, apporté par les esclaves du sud de l'Amérique, à partir du milieu du XIXe siècle puis la guitare à partir des années 1900 quand elle est devenue abordable pour tous.

Le violon dans le jazz
Le violon est présent dès le début de l’histoire du jazz : on le trouve parfois dans les orchestres de jazz de la
Nouvelle-Orléans. Toutefois, Joe Venuti fut celui qui fit émerger cet instrument en tant que soliste, surtout par ses
duos avec le guitariste Eddie Lang, dans les années 1920-1930.
En France, Stéphane Grappelli est l’un des pionniers du violon dans le jazz, en montrant que le violon pouvait aussi « swinguer »

Dans les années 70, avec l’apparition du jazz-rock, John Mc Laughlin, Franck Zappa utilisent un violon électrique. Bien que le violon reste marginal par rapport aux instruments habituels du jazz, comme le saxophone et la trompette, il existe aujourd’hui de nombreux instrumentistes de talent qui le font vivre, comme Didier Lockwood. Son album « Tribute to Stéphane Grappelli » reçut dès sa sortie en 2000 de nombreuses distinctions.